July 31, 2026
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L’Espagne et le Maroc conviennent de renvoyer les migrants en situation irrégulière à Ceuta et Melilla

La crise migratoire à Ceuta renforce la coopération étroite entre l’Espagne et le Maroc, tandis que Bruxelles réaffirme que le Maroc est un partenaire stratégique en matière de migration et souligne le renforcement de la coopération entre Rabat et Madrid dans la gestion des frontières et la lutte contre les réseaux de traite des êtres humains.

La nouvelle crise migratoire survenue à Ceuta a donné lieu à une réaction rapide sur les plans diplomatique et sécuritaire entre l’Espagne et le Maroc, visant à procéder au renvoi « dès que possible » de tous les migrants ayant pénétré illégalement à Ceuta, en application des mécanismes de collaboration existants. Une décision qui doit également s’appliquer dans le cas de Melilla.

Face à l’augmentation des entrées irrégulières par voie maritime, voire à pied, les deux gouvernements ont intensifié leur coordination dans le but de contenir les flux migratoires et de gérer la situation à la frontière.

Les gouvernements espagnol et marocain attribuent cette recrudescence migratoire aux réseaux de traite des êtres humains, qui tireraient parti du récent arrêt de la Cour suprême pour encourager les passages irréguliers vers Ceuta et Melilla.

Dans ce contexte tendu, Bruxelles offre son soutien à l’Espagne par l’intermédiaire de Frontex à Ceuta et demande au Maroc de prendre des mesures immédiates ; affirmant la volonté de l’UE de renforcer son soutien face à la pression migratoire afin de « maîtriser la situation » dans la ville. Elle maintient également un contact permanent avec les autorités marocaines afin de garantir l’adoption de mesures immédiates visant à freiner les traversées périlleuses vers Ceuta et à empêcher de nouvelles tentatives d’entrée irrégulière.

Rabat et Madrid renforcent leur coopération bilatérale

Face à l’afflux massif de migrants que connaît la ville autonome de Ceuta suite à l’arrivée de plusieurs milliers de migrants par le poste-frontière de Tarajal, l’Espagne et le Maroc ont convenu de renforcer leur coopération bilatérale et de procéder « dès que possible » au renvoi de tous les migrants ayant accédé illégalement à Ceuta, en application des mécanismes de collaboration existants.

Le ministre espagnol de l’Intérieur, Fernando Grande-Marlaska, prévoit de se rendre à Ceuta pour superviser sur le terrain la gestion de la crise ; il reste par ailleurs en contact permanent avec son homologue marocain, Abdelouafi Laftit, afin de renforcer la coopération bilatérale pour surmonter ensemble cette crise inattendue.

Des sources bien informées au sein du ministère marocain de l’Intérieur ont fait état du malaise et du mécontentement suscités par cet événement, qui vise à remettre en cause la coopération entre les deux pays et à jeter le doute sur la sécurité au sein des éléments clés du triangle stratégique réunissant le Maroc, l’Espagne et l’Union européenne.

Parallèlement, le gouvernement espagnol a rejeté l’idée selon laquelle cette recrudescence migratoire serait liée à la récente visite du président Pedro Sánchez en Algérie, le 20 juillet dernier. Le ministère des Affaires étrangères a donc nié tout lien entre ces deux événements, soulignant que «la coopération avec le Maroc en matière de migration continue de se développer dans le cadre du partenariat stratégique qui unit les deux pays ».

De son côté, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a affirmé que l’exécutif travaillait d’arrache-pied pour rétablir la situation normale à Ceuta face aux arrivées massives de migrants en situation irrégulière dans la ville. Selon ses explications, le gouvernement mobilise toutes les ressources disponibles et se coordonne avec les autorités marocaines et ses partenaires internationaux pour faire face à la situation.

Dans un message publié sur le réseau social X, le président du gouvernement espagnol, Pedro Sánchez, a assuré que l’exécutif préparait « les mesures nécessaires » pour rétablir la situation normale « dès que possible ». Il a également souligné que l’étroite coopération avec le Maroc constituait une pierre angulaire pour gérer la pression migratoire actuelle à Ceuta.

Le gouvernement espagnol, par l’intermédiaire du ministère de l’Intérieur, ainsi que les autorités marocaines, attribuent cette crise migratoire aux réseaux de traite des êtres humains, qui auraient profité de l’impact du récent arrêt de la Cour suprême interdisant les renvois immédiats des migrants qui accèdent à Ceuta et Melilla à la nage. Il s’agit d’une décision de justice qui est actuellement exploitée par des organisations de traite d’êtres humains pour encourager les tentatives de passage irrégulier.

Tension et situation d’urgence à Ceuta

Après la crise migratoire massive de mai 2021, Ceuta subit à nouveau une pression migratoire sans précédent avec l’arrivée de centaines de migrants ; à cela s’ajoute la récente récupération de onze corps de jeunes noyés en mer.

En attendant les chiffres officiels des autorités espagnoles et marocaines, les entrées irrégulières de personnes depuis le Maroc vers Ceuta se poursuivent massivement à la nage et par la zone frontalière du Tarajal, ce qui maintient les services d’urgence et de sécurité en état de saturation.

Dans la nuit de mercredi à jeudi, les tentatives d’entrée à la nage à Ceuta se sont poursuivies, une situation qui a fini par dépasser la capacité de réaction de la Garde civile. Au milieu de l’arrivée de centaines de personnes, dont plusieurs mineurs, un nouveau corps a été retrouvé, selon les informations d’El Faro de Ceuta. 

La crise migratoire que traverse la ville de Ceuta est la plus préoccupante depuis 2021

Les autorités locales de Ceuta ont réclamé la déclaration de l’état d’urgence, rejetée par le gouvernement de Sánchez, ainsi que le renforcement des moyens policiers et « la mobilisation de l’armée afin de pouvoir maîtriser la situation dans la ville, où les forces de sécurité postées sur la digue séparant Ceuta du Maroc sont à bout et ne peuvent plus tenir. À cela s’ajoute la capacité des centres d’accueil, qui sont complètement débordés.

Les vagues migratoires vers Ceuta aggravent la situation avec une caravane humaine de migrants cherchant à atteindre le territoire espagnol en franchissant la clôture, malgré les efforts de la police marocaine qui bloque les routes menant à la ville.

Poussés par la désinformation sur les réseaux sociaux, de plus en plus de personnes tentent chaque heure d’accéder à la ville à la recherche d’une « vie meilleure » en Espagne. Beaucoup de ceux qui sont arrivés à Ceuta se sont installés dans des campements de fortune en attendant d’être accueillis dans l’un des centres d’assistance. 

Ceuta et les questions que le Maroc ne peut plus repousser

La crise de Ceuta, avec cet afflux massif de personnes, pour la plupart des jeunes, ouvre le débat sur la capacité du pays nord-africain à contenir la colère de ces migrants en fuite, comme le déclarent tant les médias marocains qu’espagnols, face au chômage et à la précarité qui les poussent à chercher un avenir meilleur de l’autre côté de la Méditerranée, et appelle à réévaluer les programmes d’intégration sociale de ces jeunes désespérés.

Les nouveaux arrivants dans la ville autonome de Ceuta célèbrent leur entrée sur le territoire espagnol, poussant des cris de joie comme ceux de celui qui arrive le premier à l’arrivée d’un très long marathon. Avec des mots tels que « viva España » et d’autres expressions en castillan comme « amigo, vamos, vamos », les migrants en situation irrégulière donnent l’impression de fouler le paradis perdu où ils vont trouver une vie digne et l’avenir tant espéré.

Lorsque mourir en mer semble préférable à continuer de vivre dans son propre pays, il devient impératif et urgent de dresser un diagnostic, qui ne peut se limiter à rejeter la faute sur ceux qui partent. Et c’est là que se pose une question légitime : ces jeunes sont-ils des personnes qui ne recherchent que des droits (travail, dignité, avenir) sans vouloir assumer les efforts ou les obligations qu’exige la construction d’un pays ? Ou est-ce l’absence de réelles opportunités pour déployer cet effort qui les pousse à vouloir partir ?

Cette situation, qualifiée par beaucoup de « fuite collective », n’est pas un simple phénomène marginal, mais un drame sans précédent qui va au-delà des attitudes individuelles et des attentes idéalisées concernant l’Europe dorée, mais qui s’explique par des causes structurelles telles que le chômage des jeunes, les inégalités régionales et la méfiance envers les institutions. Ce qui nous amène à poser la véritable question : que devrait changer le Maroc pour que rester ne semble plus être la pire des options et que l’on puisse se construire un avenir à l’intérieur de ses propres frontières ? Compte tenu des nombreux effectifs mobilisés pour assurer la sécurité des célébrations de la Fête du Trône, la première sous le règne du roi Mohamed VI, le manque de diligence des autorités régionales pour détecter, contrôler et empêcher les rassemblements avant leur arrivée à la frontière avec Ceuta, la participation notable d’Algériens et de Subsahariens, les instigateurs de cette initiative massive visant à entrer à Ceuta disposent de moyens et d’un financement qui vont bien au-delà d’un éventuel mécontentement local, avec pour objectif extérieur de certains éléments de déstabiliser le Maroc et ses relations avec l’Espagne et l’Union européenne. Avant tout,gâcher la Fête du Trône et tenter de mettre en évidence les réalisations évoquées dans le discours du roi Mohamed VI lorsqu’il dresse un bilan positif de la situation au Maroc.

Derrière chaque personne qui parvient à atteindre la ville autonome, il y en a beaucoup d’autres qui échouent dans leur tentative, mettant leur vie en danger ou la perdant en mer, loin de l’attention des médias. Compte tenu de la réalité d’une migration marquée par le désespoir, la vulnérabilité et le coût humain élevé qui se cache derrière ces traversées périlleuses, voir tant de jeunes brandir le signe de la victoire à leur arrivée à Ceuta vaut mieux que mille commentaires et soulève mille autres questions auxquelles le Maroc ne doit pas se dérober.