September 4, 2026
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Politique

RDC-Israël : un rapprochement aux enjeux multiples

Emmanuel Kuzamba
4 septembre 2026

Le choix de la RDC d’installer une ambassade à Jérusalem est un geste politique beaucoup plus significatif qu’un déménagement administratif.

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Felix Tshisekedi lors d'une nterview

La visite de travail du président de la RDC Félix Tshisekedi en Israël, les 31 août et 1er septembre 2026, a marqué l’accélération du rapprochement entre les deux pays. Invité par le président Isaac Herzog, le chef de l’État congolais a rencontré successivement le Premier ministre Benjamin Netanyahu et son homologue israélien. Les discussions ont porté sur différents secteurs dont la sécurité, l’agriculture, les infrastructures, l’innovation, la santé, l’eau ou les investissements ainsi que la diplomatie.

Mais au-delà de cette rencontre, une relation beaucoup plus stratégique se dessine entre les deux pays depuis l’arrivée, en 2019, de Felix Tshisekedi au pouvoir. Pour Kinshasa, Israël peut représenter à la fois un partenaire technologique, sécuritaire et économique. Pour Israël, la RDC constitue aussi un interlocuteur de poids en Afrique centrale, disposant d’importantes ressources naturelles.

La RDC est par ailleurs membre non permanent du Conseil de sécurité des Nations unies pour 2026-2027 et a même exercé la présidence tournante de cet organe au mois de juillet 2026.

Un rapprochement construit depuis 2020

Les relations diplomatiques entre la RDC et Israël ont été rétablies sous la présidence de Félix Tshisekedi en 2020. Le président congolais s’est ensuite rendu en Israël en 2021, où il avait rencontré Isaac Herzog.

En novembre 2025, Herzog a à son tour effectué un déplacement à Kinshasa, sa première visite en RDC en tant que président israélien et la première visite d’un président israélien dans le pays depuis environ 40 ans. Les deux dirigeants avaient alors affiché leur volonté d’approfondir la coopération dans plusieurs secteurs.

Felix Tshisekedi et Isaac Herzog se sont également rencontré à Jérusalem en 2021, Davos en Suisse en 2025, à Kinshasa en novembre 2025, puis à nouveau Jérusalem en septembre 2026.

Jérusalem, un dossier diplomatique sensible

En septembre 2023, lors d’une rencontre à New York en marge de l’Assemblée générale des Nations unies, Benjamin Netanyahu avait annoncé qu’Israël ouvrirait une ambassade à Kinshasa. Tshisekedi avait, de son côté, annoncé que la RDC déplacerait son ambassade de Tel-Aviv à Jérusalem une fois l’engagement israélien concrétisé.

Trois ans plus tard, le dossier n’est toujours pas finalisé même si les deux parties annoncent poursuivre les consultations pour sa concrétisation. Aucun calendrier précis n’a cependant été annoncé.

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Toutefois, Jérusalem n’est pas une question diplomatique ordinaire car le statut de la ville est l’un des dossiers centraux du conflit israélo-palestinien. Le choix d’y installer une ambassade constitue un geste politique beaucoup plus significatif qu’un déménagement administratif. Pour Israël, la présence d’ambassades étrangères à Jérusalem contribue à renforcer sa revendication de la ville comme capitale. Coté congolais, face à l‘insécurité dans la partie est du pays, menée notamment par la rébellion du M23, Felix Tshisekedi a besoin de diversifier ses alliances internationales.

Fort de son expertise en cybersécurité, technologies de surveillance et armement, Israel se positionne comme alliée pour reformer et appuyer l’armée congolaise.

La RDC, encore plus proche des États-Unis

En annonçant le transfert de son ambassade à Jérusalem, la République Démocratique du Congo rejoint un club restreint de pays comme les États-Unis, le Guatemala ou le Paraguay qui ont déjà pris cette voie. Partenaire de Washington avec qui un partenariat stratégique a été signé, Kinshasa se rapproche encore plus de la position américaine sur le plan internationale.

Une tout autre motivation de cette démarche est l’attachement public de Félix Tshisekedi à Israël, profondément motivé par sa foi chrétienne évangélique. Sa visite hautement médiatisée au Mur des Lamentations et son recueillement au mémorial de la Shoah Yad Vashem renforcent cette alliance de valeurs culturelles et religieuses.

Cette alliance ostentatoire crée aussi une fracture au sein de l’Union africaine, particulièrement avec des puissances comme l’Afrique du Sud, qui poursuit une politique d’opposition frontale envers Israël sur la scène internationale.

Un nouveau pays dans un petit cercle

Si la quasi-totalité de la centaine de pays entretenant des liens diplomatiques avec Israël maintiennent leurs représentations dans la région de Tel-Aviv, un club restreint d’États a choisi d’installer son ambassade à Jérusalem, tandis que d’autres s’apprêtent à le faire.

Les États-Unis, sous l’impulsion de Donald Trump, ont inauguré leur ambassade à Jérusalem le 14 mai 2018 ; le Guatemala a emboîté le pas à Washington deux jours plus tard, le 16 mai ; le Honduras a transféré son ambassade en juin 2021 ; le Kosovo a été le premier pays européen et à majorité musulmane à le faire, en mars 2021, dans le cadre d’un accord de normalisation parrainé par les États-Unis.

Le président américain Donald Trump et le premier ministre israelien Benjamin Netanyahu lors d'une rencontre en juillet 2026.

La Papouasie-Nouvelle-Guinée a ouvert son ambassade à Jérusalem en septembre 2023, le Paraguay s’est réinstallé officiellement à Jérusalem en décembre 2024 sous la présidence de Santiago Peña ; les îles Fidji ont officialisé le transfert de leur représentation diplomatique à Jérusalem au début de l’année 2025 ; le Somaliland a ouvert son ambassade à Jérusalem en juin 2026.

La République démocratique du Congo s’ajoute à la liste des États qui ont annoncé leur intention d’aller dans le même sens, aux côtés de la Colombie, l’Argentine et la Sierra Leone.

L’opposition fait de l’opposition

La classe politique congolaise réagit à cette annonce à travers le prisme de sa propre guerre de tranchées interne. Le camp présidentiel, l’Union sacrée de la nation, défend une décision “stratégique et courageuse”. Pour la majorité présidentielle, la priorité absolue est de “bétonner” la défense nationale. Le camp Tshisekedi assume totalement l’idée d’un donnant-donnant.

L’opposition politique partage un rejet global de la méthode. Elle reproche à Félix Tshisekedi de mener une diplomatie ultra-personnelle, dictée par ses convictions religieuses évangéliques, au lieu de s’appuyer sur les institutions ou un consensus national. Ils pointent du doigt le fait que cette promesse, déjà formulée à New York, sert principalement d’effet d’annonce récurrent. Pour eux, froisser le bloc de l’Union africaine et le consensus de l’ONU isole inutilement la RDC.

Dans un tweet, l’opposant Jean-Marc Kabund a souligné que “l’amitié entre le peuple congolais et le peuple israëlien est forte et ancienne : elle n’a pas besoin d’un déménagement pour exister”. Pour cet ancien proche de Félix Tshisekedi, cette annonce ‘’hâtive” démontre qu’il n’est pas un faiseur de paix.

“Il traite le droit comme quantité négligeable, la souffrance des peuples comme un détail et la tradition diplomatique de notre pays comme une relique”, écrit-il.

En RDC, une part importante de la société civile est structurée autour des méga-églises chrétiennes avec des millions de croyants pour qui le rapprochement avec Israël est perçu à travers une grille de lecture biblique. Soutenir Jérusalem est vu comme une source de bénédiction divine pour le Congo, ce qui offre à Tshisekedi un socle de soutien populaire sur cette mesure.